Abraham Moles
l'uvre scientifique
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Le Champ conceptuel couvert par ses travaux
Une uvre à découvrir
Abraham Moles laisse une uvre importante tant par l'ampleur de ses publications que par la qualité et la diversité de ses observations et analyses. Sa production peut d'autant plus prétendre à cette appellation d'uvre, que l'ensemble des regards qu'il a portés sur les êtres et les choses, sur le vaste monde comme sur le plus petit des actes, traduit une vision cohérente et pertinente sur l'évolution des hommes dans la société ou, pour rester fidèle à sa terminologie, dans les systèmes sociaux.
L'accès à cette uvre n'est pas aisé. D'abord, en raison de sa formation à la fois aux sciences dures (la physique, les mathématiques) et à la philosophie, Moles a pu étendre ses recherches à des thématiques exceptionnellement variées (voir organigramme page suivante). Personne, même parmi ses proches, ne peut maîtriser autant de domaines à la fois. La même remarque vaut, ensuite, pour ses orientations méthodologiques. Il est probable que sa tendance à préciser sa pensée par des formules mathématiques a constitué un frein à la diffusion de son uvre dans les sciences humaines. Et réciproquement, son intérêt pour des analyses poétiques, son ouverture vers la littérature comme décrivant de façon pertinente des phénomènes de la vie personnelle ou sociale, ont suscité la méfiance de ceux qui, dans ces sciences rejettent toute démarche hors du laboratoire et de la méthodologie expérimentale.
Ce qui spécifie l'uvre de Moles, c'est ne pas de s'apparenter à tel ou tel courant, mais le projet d'une analyse transversale qui relève de plusieurs démarches à la fois. Intéressé par l'épistémologie et la créativité, Moles a appliqué les principes l'heuristiques de la combinatoire à beaucoup de ses travaux. Il aborde l'esthétique par les mathématiques, la sociologie par la cybernétique, mais n'hésite pas à formuler une définition subjective du bruit dans un traité d'acoutisque pourtant orienté vers l'énoncé de lois physiques à destination d'un public d'ingénieur : Le bruit est un son qu'on ne veut pas entendre.
En guise de repère pour situer l'attitude de Moles, nous dirons qu'il s'est appuyé sur deux méthodes : l'analyse structurale et la phénoménologie. D'un côté, il aborde la communication à partir de la cybernétique et des travaux sur la théorie mathématique ; la sociométrie devient une chimie sociale où les individus considérés comme les atomes sociaux, dotés des valences positives ou négatives, constituent par des mécanismes d'attirance et de répulsion des agrégats toujours plus complexes à partir de structures simples. De l'autre côté, la psychologie de l'espace, que le lecteur découvrir ci-après, mais également sa théorie de l'objet et la micropsychologie (étude de la vie quotidienne) relèvent de l'option phénoménologique, bien que des références structurales n'en soient pas totalement absentes.
S'appuyant sur cette phrase qu'il se plaît à répéter : l'homme est la mesure de toute chose, il introduit dans son analyse le point de vue de l'observateur. S'il y a phénoménologie, c'est parce qu'un sujet perçoit des phénomènes. Progressivement, Moles laisse une place croissante à la subjectivité de l'observateur, lequel semble d'abord n'être qu'un observateur scientifique avant de se confondre avec l'homme de la vie quotidienne.
Cohérence des champs thématiques et conceptuels
Dans ce schéma qu'il a lui-même dessiné pour matérialiser la cohérence profonde de champs d'intérêts apparemment disparates, mais qui, en réalité se recoupent, Moles a orienté ceux-ci sur un axe bi-polaire. Il se sert, d'un côté, de la phénoménologie pour comprendre l'individu et, de l'autre, du structuralisme (ou de toute autre approche globale) pour analyse le fonctionnement de la société. Ce dipôle permet de repérer chacun des champs couverts et des rapports entre eux.
Livres publiés en français
Physique et technique du bruit, Paris, Dunod, 1952
La Création scientifique, Genève, Kister, 1957
Musiques expérimentales, Zurich, Cercle d'art, 1961
Communications et langages, (en collaboration avec B. Vallancien), Paris, Gauthier-Villars, 1963
Phonétique et phonation, (en collaboration avec B. Vallancien) Paris, Masson, 1966
L'affiche dans la société urbaine, Paris, Dunod, 1969
Créativité et méthodes d'innovation, Paris, Fayard, 1970
Art et ordinateur, Paris, Casterman, 1971
Théorie des objets, Paris, Ed. Universitaires, 1972
Psychologie de l'espace, (En collaboration avec Élisabeth Rohmer), Paris, Casterman, 1972
Théorie de l'information et perception esthétique, Paris, Denoël, 1973
Sociodynamique de la culture, Paris, Mouton, 1973
La Communication, Paris, Marabout, 1973
Micropsychologie et vie quotidienne, (En collaboration avec Élisabeth Rohmer), Paris, Denoël, 1976
Psychologie du Kitsch, Paris, Denoël, 1977
Théorie des actes, (En collaboration avec Élisabeth Rohmer), Paris, Casterman, 1977
L'image, communication fonctionnelle, Paris, Casterman, 1981
Labyrinthes du vécu, Paris, Klincksieck, 1982
Théorie structurale de la communication et société, Paris, Masson, 1986
Les sciences de l'imprécis, (En collaboration avec Élisabeth Rohmer), Paris, Seuil, 1990